Résumé Storgê

« L’amour maternel est le plus éminent des sentiments égoïstes, ou, pour dire autrement, le plus énergique des sentiments altruistes. »

Émile-Auguste Chartier (Alain)

À l’aube de ses trente ans, Gabrielle veut reprendre le contrôle de sa vie. L’heure est au questionnement.

Sa relation avec Maxence a-t-elle un avenir ? L’homme qu’elle aime lui ouvrira-t-il enfin son cœur ?

Il est nécessaire pour la jeune femme de prendre du recul afin de saisir les objectifs qu’elle souhaite se fixer à long terme. Au fil de ses choix, elle va découvrir une autre forme d’attachement : Storgê, la tendresse qu’une mère porte à son enfant. Donner la vie, un nouveau rôle qui va bouleverser son monde.

Cependant, les sentiments qu’elle éprouve toujours pour Maxence vont contrarier ses plans.

La puissance de l’amour maternel surpassera-t-elle la passion ?

« Nous sommes si nombreuses à suivre la même voie. Pourquoi ?

Je meurs d’amour à petit feu pour mes filles, elles sont ma chair, mon sang, mais j’ai l’impression d’être tombée dans un traquenard. Parfaitement, un traquenard ! Orchestré par la science, la nature, Dieu, que sais-je ? Une carotte pour nous inciter à assurer la pérennité de notre race.

La naissance de mes filles fut le plus beau, mais également le pire cadeau que la vie m’ait fait. La maternité a tenu sa promesse : mes deux petites filles m’apportent cet amour inconditionnel que je recherchais.

Cependant, l’attachement indéfectible que l’on ressent pour son enfant est une condamnation à perpétuité. C’est une prison dans laquelle on entre de son plein gré et dont on ne sort jamais. Le pire dans tout ça, c’est que j’en ai pris conscience après avoir passé la grille, il était déjà trop tard pour revenir sur mes pas.

Me voici enchaînée à mes filles, dépouillée de l’insouciance et la liberté dont je jouissais avant qu’elles n’arrivent au monde.

Je nous en veux, à mon mari et moi : lui le geôlier formaté et moi la condamnée consentante. »

Gabarelle Corentin, Storgê, 2020

« L’exposition a pour titre « Fragments de temps ». Je m’approche d’un immense cliché représentant un SDF dans un train. On peut deviner une partie de ses traits, bien que la photo soit prise en demi-profil. Il tient un sac à dos usé sous son bras et un billet de la SNCF dans la main. Il semble attendre quelqu’un, car il fixe la porte du wagon que l’on distingue à l’arrière-plan. Je m’approche du cadre pour lire l’intitulé. « Le contrôleur ne passera pas ».

Angélique m’avait parlé de cette scène dont elle a été témoin alors qu’elle se rendait chez ses parents. Ce pauvre homme est resté immobile durant tout le trajet, guettant l’arrivée du contrôleur. Cependant, ce dernier n’est jamais venu. Mon regard s’attarde à nouveau sur cet homme et son billet.

Malheureusement, les personnes sans domicile fixe sont légion dans la capitale. J’ai souvent assisté à des scènes où ces pauvres gens étaient traités comme des moins que rien, déshumanisés. J’imagine l’effort financier que cet homme a dû faire pour se procurer son titre de transport afin qu’il soit dans la légalité et que l’on ne puisse légitimement pas le chasser. Je suppose qu’il cherchait simplement la sensation d’être considéré comme un citoyen à part entière et non comme un indésirable, mais qu’il ne l’a pas retrouvée puisque personne n’a contrôlé son billet.

La détresse sociale représentée sur cette photo me bouleverse.»

Gabarelle Corentin, Storgê, 2020

© 2021 by Gabarelle Corentin.